Pages ensommeillées d'un ange qui ne dort que d'un oeil...
mardi 1 novembre 2011
135è ET DERNIER SOMME
chers iiiinnnombrables lecteureux !
Je ne sais pas si vous êtes encore nombreux à jeter parfois un œil dans cette lucarne que j'avais ouverte en mars 2007...
Cet espace m'a accompagnée pendant quelques années et j'y ai fait de "belles rencontres" à qui j'envoie régulièrement des pensées affectueuses.
Je vais refermer cette page dans quelques temps après avoir sauvegardé les écrits et images et vous avoir laissé aussi le temps de découvrir cet autre espace où je joue "à découvert" ma nouvelle vie...
Alors bienvenue chez moi :
www.hrmodo.jimdo.com
Belle vie à vous tous, soyez éveillés !!!
chut théo, bonjour Doro !
Doro thé(o)
samedi 15 mai 2010
134è SOMME
J’ai quand même une drôle de vie.
Je la souhaitais extraordinaire et palpitante et pour le coup elle l’est mais pas dans le sens que je le lui donnais alors.
Extra-ordinaire.
Et quand bien même je la souhaiterais juste ordinaire et sereine, je ne m’en sens ni l’envie ni la capacité aujourd’hui.
Je me sens humaine. Tout est possible, tout m’interpelle, tous m’intéressent et tous me nourrissent.
J’ai confiance en tout. Je me sais en chemin et déterminée à accepter ce qui vient.
Je me vois parfois en funambule. J’ai longtemps cru que je vivais en aimant les risques et les impromptus. Je m’aperçois que j’aime le vide sous mes pieds, l’infini tout autour, mais que j’ai aussi besoin du parapluie, de la canne, du baudrier et toutes autres sécurités, fussent-elles virtuelles, pour me (re)tenir un peu.
Bien accompagnée en somme.
Et je le suis.
Par moi, avec qui je cohabite de mieux en mieux.
Un Ange Gardien, l’œil sur moi depuis tant d’années, main sur la croupe pour ne pas que j’aie froid.
Une Fée, prompte à la baguette, magique à souhaits.
Un Guerrier, l’arme prête à protéger, l’œil prêt à pourfendre.
Et tous ces êtres exceptionnels que je rencontre chaque jour, qui me rappellent combien on est vivants, et à quel point nous sommes tous la même chose :
Profondément humains.
Alors MERCI, drôle de vie.
mercredi 31 mars 2010
133è SOMME
Vidée de sa substance, elle s’avança vers le trou qui ne lui sembla pas si grand
Assise au bord elle se mit à penser
Elle déroula le fil de ses renoncements et vérifia la liste des ses déceptions
Tous les voyants étaient bien au rouge
Elle scruta l’horizon bouché de ses désillusions
A l’affut tout de même que quelqu’un vienne la sauver un peu
Assurée alors qu’elle fût bien seule
Elle put se laisser chuter
10, 9, 8 pas si terrible que ça
7, 6, 5 ça ne fait même pas mal
4, 3, 2 le fond s’approche
1 poc
(elle avait imaginé un grand fracas, un immense boum, et ce ne fut que « poc »)
Pas de lapin en retard, pas de reine capricieuse, rien pour grandir, ni même pour régresser, rien derrière le miroir, pas même de miroir en fait
Elle et le poc.
Elle fut encore déçue et se dit que la prochaine fois, elle choisirait un gouffre.
samedi 20 février 2010
132è SOMME

J’avais mis mes talons très hauts. Ceux qui me demandent une certaine concentration pour marcher beau. Ceux qui ont tendance à quitter l’Achille facilement bien que parfaitement adaptés à la taille de mes pieds et imposent de ce fait une démarche lente et sûre pour ne pas se faire la malle.
Ainsi corporellement contrainte, il m’était plus facile d’aller à mon rdv. Puisqu’au-delà du choix délibéré, je gardais dans un coin bien lucide de mon cerveau la certitude que je n’avais qu’un mince choix de possibles et qu’aucun d’eux ne me satisfaisait pleinement. Il n’y a rien de plus dangereux qu’une femme qui n’a plus rien à perdre. Je ne sais pas si c’était le cas, mais j’aime bien cette phrase. Elle me donne un côté femme fatale qui n’est pas moi et quitte à jouer, autant jouer dès le début, et jusqu’au bout.
Je marchais donc avec résolution et concentration, remettant l’excitation de la situation à plus tard.
« Tu devrais prendre des amants » m’avait-il dit, « tu ne fais pas assez l’amour et l’amour, c’est la vie ». Il avait dit cela avec sérieux, comme un ami donnant le conseil miracle, celui qui solutionne tout. Désinvesti de la tâche ardue de me rendre heureuse, détaché de ce lien qui n’était plus d’actualité et soucieux malgré tout de mon bien être, il m’avait pour ainsi dire tapé sur l’épaule en me donnant sa bénédiction.
Je décidai ce soir là de suivre son conseil miracle avec un grand « why not ? » en lettre clignotantes au dessus de mes reins.
D avait été fort surpris de mon message. Il m’avait rappelée presque aussitôt, alternant rire nerveux et sous entendus maladroits. Il faut dire que je n’y avais pas été finement non plus : « 18 ans que nous avons consciemment remis à plus tard l’éventualité du sexe entre nous, grand temps de rattraper cela ». Le sachant attaché à la forme et la distinction chez une femme, cela m’avait aussi permis d’induire le caractère purement charnel et non constructif de notre future entrevue. Il était important pour moi que ce fut une personne que j’affectionnais particulièrement, et dont l’envie n’aurait pas à être suscitée trop longtemps. Dieu sait (qu’en sait-il d’ailleurs ?) si je l’avais désiré en son temps, je m’étais dit que ce serait comme le vélo !
Il avait insisté pour un dîner au restaurant. Je n’y tenais pas trop, voulant surtout éviter la question du « pourquoi maintenant ? ». Me sachant officiellement non disponible, il eut plus de regards effectivement interrogateurs que de réelles questions énoncées. Je le savais fort bien élevé et gentleman, il laissa ses questions de côté. Je m’arrangeais durant le dîner pour mettre autant de délicatesse et de concentration dans mes gestes que dans mes pompes en venant. Je me sentais en contrôle et pourtant extrêmement présente, résolument ouverte à tout ce qui pourrait se produire. Mon envie de lui était palpable, mon envie de tout me semblait visible et j’en eus un peu honte par moments. Honte également perceptible mais il semblait trouver cela charmant. Je n’avais pas envie de dessert mais d’un grand café et d’une cigarette bien roulée. Il me suivit dehors et me dit « je n’aime pas les femmes qui fument… » «… des roulées ? » il a souri et j’ai ajouté « je n’aime pas les hommes qui disent aux femmes qu’elles ne devraient pas fumer » en ponctuant ma phrase d’une latte de cowboy provocateur. Il est resté silencieux un moment, un sourire conquis au coin des lèvres. Il a attrapé ma nuque comme on chopperait un chaton et s’est approché de mon oreille « tu appelles le sexe, le sais-tu seulement ? » je l’ai juste regardé fixement puis j’ai baissé les yeux en souriant, douce habitude.
Les formalités de fin de repas furent rapides. Je le suivis en voiture jusque chez lui et le regardais sur sa moto en le trouvant volontiers sexy. Je n’avais finalement pas eu tant de mal à désirer ailleurs et je n’en étais pas surprise. J’ai ôté mon manteau puis le sien. Mon regard et mes mains s’attardèrent sur ses épaules. Elles étaient larges et denses. Puis le reste est allé très vite. Je me suis laissé absorber dans son baiser assoiffé et le corps a suivi la danse. Je n’avais rien oublié, je savais déjà tout. J’étais curieuse et ouverte à un autre corps, un autre sexe, découvrant d’autres frissons, d’autres touchers avec une avidité calme qui me surprenait. Je donnais tout et accueillais chaque geste avec félicité. Je savais que j’offrais à ma chair une récompense de tant d’attente et je prenais égoïstement tout ce qui m’était donné avec reconnaissance et contentement. Lui goûtait également chaque morceau de moi offert comme une friandise dont on se serait privé trop longtemps et dont on aurait reçu l’autorisation de dévorer. Et il me dévora, et j’aimais ça. Je savais qu’en le choisissant lui, je retrouverais des yeux pleins de désir qui me manquaient tant. Et c’est bien cela au fond que j’étais venu chercher, du désir à tout rompre, de l’envie à tout déborder. De la première fois renouvelée, de la découverte retrouvée. Et Dieu que c’était bon ! Mais Dieu n’en savait rien.
mercredi 14 octobre 2009
dimanche 11 octobre 2009
130è SOMME
(« Autoportrait » Tomi Ungerer)
J’ai longtemps voulu entrer dans les ordres. « Entrer dans les ordres »… je souris à présent.
Une religieuse était venue à l’école. J’étais alors en primaire, CE2 je crois. J’avais été fascinée par la rigueur de leur emploi du temps, chaque tâche avait sa place, sa signification, pas de place à l’éparpillement, seuls la dévotion, la prière et le travail rythmaient les journées.
J’étais à l’époque très croyante, dévote. Je priais le matin, dans la journée puis avant de me coucher. La prière m’apportait un apaisement incroyable et « vouer ma vie à » était un refuge doux et aimant. Mes parents ne s’en inquiétaient pas, moi non plus mais lorsqu’ils comprirent que j’étais déterminée et que l’idée saugrenue restait bien en place, ils prirent un peu peur.
Maman : Mais elles n’ont pas le droit de voir leur famille tu sais.
Théo, dans sa tête : Oh oui…je le sais…
Et puis…
Et puis…
Et puis Guillaume a voulu m’embrasser en CM2. Moi qui l’aimais en sourdine depuis la maternelle !
Deux souvenirs des plus agréables de cette époque étaient mes cueillettes de fleurs que j’allais déposer religieusement aux pieds de la statue de la vierge (Ecole St Louis oblige, une statue par cour) et nos séances de « sauve-moi » qui consistaient à être retenue prisonnière, attachée à la grille du portail puis libérée par un garçon.
Je me délectais de chaque emprisonnement comme de chaque libération, et quand mon preux était Guillaume… jamais on n’avait vu une prisonnière aussi radieuse !
Donc Guillaume veut m’embrasser à la boum de fin d’année du CM2… Jésus avait un sérieux rival de chair !
J’ai embrassé un garçon et je n’ai plus voulu vouer ma vie à Dieu…
Mais je garde en moi de manière très précise le souvenir de cette paix qui m’inondait lorsque je priais. Je n’ai depuis retrouvé cette paix que dans le partage amoureux, dans la justesse de certains moments. Je retrouve cet émerveillement, entre amour et dévotion, conscience pure d’être là, centrée et prête à tout.
"Ni pute, ni soumise, ni Dieu, ni Maître". On peut dire que j’aurais fait la totale… et je ne me suis pourtant jamais sentie aussi féministe, libre et déterminée.

